Une trajectoire qui épouse celle de son peuple
À 67 ans, Barghouti incarne une expérience partagée par une immense partie de la société palestinienne : environ 40 % des Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes. Lui-même est incarcéré pour la première fois à 18 ans, en 1976.
Membre du Fatah depuis 1973, élu député de Ramallah en 1996, il s'engage alors contre la corruption de l'Autorité palestinienne, pour l'égalité femmes-hommes et pour un dialogue exigeant avec les Israéliens — allant jusqu'à créer, avec des députés de la Knesset, un groupe d'amitié parlementaire israélo-palestinien.
Acteur de la première Intifada (arrêté en 1987, expulsé en Jordanie), puis chef des Tanzim durant la seconde, il échappe en 2001 à une tentative d'assassinat israélienne qui coûte la vie à son garde du corps. Arrêté en 2002, accusé de meurtres, il conteste les faits comme la compétence du tribunal militaire et refuse, avec ses avocats — dont Gisèle Halimi —, de présenter une défense.
Le leader du « Mouvement des Prisonniers »
Depuis sa cellule, Barghouti est devenu le chef incontesté du Mouvement des Prisonniers, qui rassemble des militants de toutes les factions. En juin 2006, « L'Appel des Prisonniers », signé par des détenus du Fatah, du Hamas, du Jihad islamique, du FDLP et du FPLP, affirme qu'un État palestinien devra être créé « dans les frontières de juin 1967 » — un texte fondateur de la réconciliation nationale.
« Nous voulons un État palestinien vivant à côté de l'État israélien. Je soutiens sans équivoque l'idée de deux États pour deux nations. »
« Moi-même, ainsi que le Fatah dont je suis membre, nous opposons fermement à toute attaque contre des civils à l'intérieur d'Israël, notre futur voisin. Je cherche à libérer mon peuple, pas à tuer le peuple d'en face. »
#FreeBarghouti : des appels qui convergent
Comme #FreeMandela dans les années 1980, #FreeBarghouti pourrait devenir un cri de ralliement mondial. Les appels à sa libération se multiplient : le Hamas l'avait inscrit sur la liste des prisonniers à libérer lors du cessez-le-feu d'octobre dernier ; l'historien et ancien ambassadeur Élie Barnavi vient de le désigner comme « le seul capable d'unifier le peuple palestinien autour d'un projet national et de la solution à deux États » ; Ami Ayalon, ancien chef du Shin Bet, plaidait déjà en 2024 pour sa libération ; Donald Trump lui-même y voit « la question du moment ».
L'obstacle demeure le gouvernement Netanyahu, qui a rayé son nom à deux reprises des listes d'échange en octobre dernier. Depuis, le ministre Ben Gvir le menace physiquement et le soumet, selon son avocat, à des traitements inhumains — isolement prolongé et violences répétées depuis octobre 2023.
L'entendre : trois interviews de référence
Interdit de contact avec la presse — il a déjà été puni d'isolement pour avoir accordé des interviews —, Barghouti se fait rarement entendre directement. Trois documents permettent néanmoins de découvrir sa parole :
- Institute for Palestine Studies (2014) : longue interview écrite, transmise via un intermédiaire, sur la vie carcérale, l'unité nationale et la résistance. palestine-studies.org
- Channel 4 News (Lindsey Hilsum) : interview filmée exclusive, transcription intégrale disponible. « Les Israéliens ont réussi à arrêter mon corps, mais pas ma tête, ni mon âme. » journeyman.tv
- JURIST (avril 2026) : entretien avec son avocat israélien Ben Marmarelli sur ses conditions de détention et les sondages qui le donnent en tête. jurist.org
